"Un cri de desesespoir et un avertissement&am

C’est en sortant de cette baraque sinistre que la partie de la visite la plus éprouvante (physiquement) nous attendais. Voilà que nous faisons marche arrière et que nous attendons les retardataires. Certains groupes discutent, sur un ton léger ou sur un ton plus adapté à la circonstance… Moi, je garde le silence. Je regarde les rails, à mes pieds. Je donne un petit coup dedans, comme pour m’assurer qu’ils sont vrais. Je ne les avais toujours vu qu’en photo. Je me rappelle très bien, quand nous sommes allés au mémorial de la Shoah, à Paris, de la salle d’exposition ou l’on voyait projeté au mur cette photo du camps. Elle avançait lentement, longeant les rails. Ils étaient devant moi, ces rails, à moitié recouverts par la neige. Et Le témoignage de Lehrer me revenait en mémoire, ces mots qu’ils prononçait les yeux fermés quand il nous contait le voyage et la descente du train. Un chien qu’on lâche pour qu’il déchiquette un gosse qui a fait un pas de trop…

Le groupe est à présent rassemblé et les guides polonais nous invitent donc à les suivre. Nous nous dirigeons à l’entrée du camps des femmes et nous n’allons pas plus loin. Pourtant une grande allée s’étend loin devant nous, entre ce qui reste des baraques et des bâtiments qui ne ressemblent à rien et qui flanquent la chaire de poule. Nous ne faisons que nous attarder devant des photos que nous avions vus mille fois dans nos livres d’histoire, ou des femmes agglutinées les unes derrière les autres attendent de pouvoir entrer dans leur nouvel enfer. Les explications durent longtemps, nous commençons à avoir mal aux jambes, le jeune guide parle trop bas, je n’entend rien… je regarde autour de moi, je n’arrive plus à imaginer. On n’a vraiment pas tort d’appeler ça inimaginable, parce que ça l’est dans tous les sens du terme. Le guide ayant finit son explication, nous pouvons enfin bouger, et nous marchons, marchons, marchons. Nous avançons jusqu’au bout et tombons nez à nez avec un « truc », un monument pour le moins contemporain qui ne m’évoque rien, rien de plus que ce que le camps en lui même m’inspire. Tout autour, des plaques, ou dans beaucoup de langues est inscrit « … que ce lieu soit à jamais un cri de désespoir et un avertissement ». En anglais, en italien, en français, en polonais, en hébreux, et j’en ai oublié, je le sais. On nous explique, et nous l’avions bien compris, que ce « truc » est un monument à la mémoire de tous ceux qui ont périt dans ce camps de la mort. Alors pourquoi ce « truc » ne ressemble-t-il à rien ? Après des paroles échangées et une tentative de déchiffrage des inscriptions, nous n’avons que quelques pas à faire pour atteindre une nouvelle étape. 

Et cette étape, quelle étape. Devant nous, des ruines. Entre les ruines et nous, des panneaux explicatifs

"GAS CHAMBERS & CREMATORIUMS". Frisson d'horreur. Je ne lit pas l'explication du panneau. Je n'aime pas l'idée d'être dans cet endroit comme si je visitais un musée. Je regarde ce qui reste de ces machines à tuer, et une fois encore, ça ne ressemble à rien.

"Les nazis ont détruis leur oeuvre avant de quitter le camps." Ah. D'accord, très bien. Il n'en étaient pas si fiers que ça, alors ! ça me fait sourire, un peu jaune, mais sourire. Et je ne comprend pas. Toutes ces photos qu'on a retrouvées, prises par les nazis, on ne sait toujours pas si ils les ont prises par fierté ou pour dénoncer. Là, j'ai une preuve de la lâcheté de ces vermines qui croyaient exterminer de la vermine. Et je me dis "mais alors vous êtes où ? bandes de mauviettes..." Tant qu'ils ne se sentent pas supérieurs, ils ne sont plus que des mauviettes...

Mes pieds s'enfoncent dans la neige. Je suis immobile devant ce spectacle... misérable. Oui, c'est comme ça que je le trouve. Misérable. Il n'y a plus rien, et pourtant on sait tous ce que c'est, ce tas de pierre. Mais personne n'imagine vraiment... pour le moment.

Spot LICRA

le 29/06/2006 à 10h57
Désolée que ça tombe comme un cheveu sur la soupe dans mon récit mais... je tenais à mettre cet image et surtout à vous inviter à la diffuser.... merci

La longue marche 3

le 30/06/2006 à 11h41
Nous repartons pensant déjà voir tout vu. Que peut-on nous montrer de plus ? Il n'y a que des ruines ici. Eh bien justement. Nous marchons, passons sous des arbres, trébuchons sur la neige dure, nous enfonçons dans les trous, bref, une marche détestable, on est tous debout depuis au moins 2h30 du matin et il est déjà midi, on a fin et on se plaint, et on se plaint, et on se plaint. La monotonie s'installe. On marche. On marche toujours. On nous montre des emplacements vides, on ne voit qu'un rectangle de pierre sur le sol, mais plus les murs, et on nous dit "ici, il y avait ça". On nous dit ça partout ou il semble y avoir quelque chose à dire, partout ou nous croisons un de ces panneaux explicatifs que je ne suis toujours pas décidée à lire. Je remarque sur les bords du chemin, des gens ont dessiné des Etoiles de David dans la neige. Mon amie me regarde, je regarde mon amie, elle sait que j'ai des origines juives... je m'accroupie au bord de la bosse de neige et j'y enfonce mon doigt, trace un premier triangle, pointe vers le bas, puis un deuxieme, inversé... quand je me relève, mon amie m'avais imitée. Et contente de nous, d'avoir marqué notre passage, exprimé notre respect, notre compassion et, pour ma part, mon attachement à mes origines, nous rejoignons le groupe qui nous a devancé. On a vraiment tous très faim, je commence à me sentir mal, mais le trajet est loin d'être terminé. Je trouve un jeu pour essayer de me distraire : trouver les details qui différencient mon camarade B. de son sosie. On nous arrête sur le sentier et nous montre du doigt, derrière les arbres, une grande fosse creusée dans la terre. C'est ici qu'on y brûlait les cadavres. Mon coeur fait un bond. Je me souvient. Je me souvient des images en noir et blanc. Je me souvient de Nuit et Brouillard, des chasses neiges qui poussent les corps, je me souvient de ces tas d'os recouvert de peau qui gisait dans de grandes fosses semblables à celles-ci. mais quand je vois l'endroit aujourd'hui, je ne peux pas m'imaginer ça. L'endroit est beau, les arbres, la neige... alors non, c'est impossible. Ce n'est qu'un vulgaire tranchée dans la terre. C'est impossible, ça ne ressemble en rien à Nuit et Brouillard. Et dépitée, je m'éloigne avec le groupe. Toujours regrettant aujourd'hui de n'avoir su réaliser devant quoi je me trouvais, le jour ou je m'y trouvais. Je me souviens de quatre mots que j'ai prononcés : "ça empeste la mort". Au sens figuré, j'entend. Nous avons atteint un bâtiment de désinfection (rien à voir avec la chambre à gaz). Ici, j'ai commencé à avoir un malaise : la fatigue (je n'avais pas dormi avant le voyage, ou tres peu, j'avais travaillé jusqu'à 23h - cela faisait plus de 24h que j'était debout dont 3h de sommeil), la faim, et on ajoute à cela le difficile travail de mémoire demandé, je n'en pouvait plus. Mais dans un endroit comme ça, il faut tenir. Pour Eux, il me faut tenir. Mon amie me tend un bonbon histoire d'avoir un peu de sucre. Je suis gênée, je sent que dans la salle ou nous venons d'entrer, un espèce de vestiaire, le silence est du meilleur effet, et le papier du bonbon... pourtant je suis à deux doigts de l'évanouissement, alors rouge et un peu honteuse, je sort mon bonbon de son papier et le glisse discrètement dans ma bouche. Une amie me voit faire, mais toute pâle, elle me fait comprendre d'un regard que j'ai raison si ça peut m'aider à tenir. On traverse donc le vaste "vestiaire" dont on a recouvert le sol d'un second sol transparent, élevé de 10 cm ou plus au dessus du premier sol. Derrière une vitre, des valises, des affaires, des brosses à cheveux qu'on a confisquées aux Juifs en mentant : "on vous les rendra plus tard". A nouveau mon coeur bondit dans ma poitrine à la vue de poupées. Nous traversons un couloir puis entrons dans une salle encore plus vaste que la première, on nous montre des grands fours ouverts et de la taille d'un homme et déjà on s'affole en imaginant le pire, mais on nous rassure, ce ne sont que des fours à désinfecter les vêtements. Ouf... la pression est vraiment omniprésente ici. C'est pesant. Ensuite nous entrons dans la salle de douche (une vraie.), trex grande et visiblement entièrement retapée et transformée en mémorial. De grands murs noirs sont dressés au milieu de la pièce et dessus sont accrochés des portraits, des portraits de familles, des enfants qui font du vélo, ou en promenade, comme les photos de vous, enfants, que vous conservez dans vos albums photo, des gens comme vous et moi. Plusieurs groupes sont agglutinés au même endroit, mon agoraphobie me rattrappe, et je me sens obligé de me retirer à l'arrière de la pièce, ou une vieille femme, survivante d'Auschwitz (connue, mais dont j'ai oublié le nom, qu'elle me pardonne) se repose, visiblement à bout de force. Quand le groupe lève le camps je voudrait écrire un mot dans le livre d'or, mais le stylo n'est plus opérationnel, la mine s'enfonce et ça m'énerve alors je laisse tomber, mais mon amie insiste et par je ne sait quel ingénieux système, elle parvient ,pendant que je la somme de se presser un peu, à inscrire "IN MEMORIAM" et à signer. Nous sommes tres en retard et nous courrons
 pour rattraper le groupe. Fin de la visite ? Presque. Nous retournons devant le monument visité au début, celui qui ne "ressemble à rien", avec tous les groupes, tous. Nous croisons un groupe de jeunes Palestiniens avec leurs drapeaux, mais je ne me pose plus de questions. J'observe pas loin un homme, entièrement vêtu de noir, qui ôte son chapeau et découvre une kippa posée sur sa tête. Nos accompagnateurs polonais prennent la parole. Nous sommes ici pour un instant de recueillement. Monsieur Zylbermine parle. On nous lit Prière aux ivants pour leur pardonner d'être vivants de Charlotte Delbo :

Vous qui passez bien habillés de tous vos muscles, un vêtement qui vous va mal, qui vous va à peu près, vous qui passez, animés d'une vie tumultueuse aux artères et bien collée au squelette, d'un pas alerte sportif lourdaud rieurs renfrognés, vous êtes beaux, si quelconques, si quelconquement tout le monde, tellement beaux d'être quelconques, diversement, avec cette vie qui vous empêche de sentir votre buste qui suit la jambe, votre main au chapeau, votre main sur le coeur, la rotule qui roule doucement au genou, comment vous pardonner d'être vivants... Vous qui passez bien habillés de tous vos muscles, comment vous pardonner, ils sont morts tous. Vous passez et vous buvez aux terrasses, vous êtes heureux elle vous aime, mauvaise humeur souci d'argent, comment comment vous pardonner d'être vivants, comment comment vous ferez vous pardonner par ceux-là qui sont morts, pour que vous passiez, bien habillés de tous vos muscles, que vous buviez aux terrasses, que vous soyez plus jeunes chaque printemps. Je vous en supplie, faites quelque chose, apprenez un pas, une danse, quelque chose qui vous justifie, qui vous donne le droit d'être habillés de votre peau de votre poil, apprenez à marcher et à rire, parce que ce serait trop bête à la fin, que tant soient morts, et que vous viviez sans rien faire de votre vie. Je reviens d'au-delà de la connaissance, il faut maintenant désapprendre, je vois bien qu'autrement je ne pourrais plus vivre. Et puis mieux vaut ne pas y croire à ces histoires de revenants, plus jamais vous ne dormirez, si jamais vous les croyez ces spectres revenants, ces revenants, qui reviennent, sans pour même expliquer comment.

Inutile de dire à quel point ce texte m'a touché, moi qui il y a peu manquait de défaillir de fatigue. Comme je m'en voulait d'être là et de l'attitude parfoid inadaptée que j'ai pu avoir.
On nous somme d'observer une minute de silence. Et moi, je prie. En ésperant qu'Il m'ait écouté.

Sur le chemin du retour (nous longeons à nouveau les rails, mais dans le sens inverse), je pousse tout de même un soupir de soulagement. Nous sortons de cet endroit, et bien vivant, si ce n'est pas trop indescent de dire ça. Puis je ne sais comment j'y arrive, mais je parvient à demander au monsieur à côté de moi s'il parle français. "Un peutit peu". Alors il me confirme qu'il est juif, et quand j'essaie de lui dire que je suis d'origine juive, il me fait comprendre qu'il ne comprend pas. Je recommence avec mon anglais médiocre et scolaire, mais Ô miralce, il comprend ce que je lui baragouine, alors je continue, juste en disant que je sentais que j'avais besoin qu'on me pardonne d'être en vie et bien couverte. Nous nous séparons sur un "Shalom" chaleureux et amical. J'ai toujours rêvé de pouvoir dire "Shalom" à un Juif. Que la paix soit sur vous... Quel mot magnifique.
Nous franchissons la porte. On se sent comme libre. Mais différent, très différent d'avant l'entrée. Oui, quelque chose change en vous. Je ne saurais dire quoi, mais quelque chose change. Et cette porte, laisser moi vous dire à quel point elle change d'aspect entre le moment ou vous entrez et celui ou vous êtes sortis.

Méditez sur tout cela...

Entre deux...

le 10/07/2006 à 10h08
Sortis de là, nous savons qu'il nous reste encore à visiter Auwschwitz I, le camp de concentration. Dans notre tête à tous, ou presque tous, ça ne peut pas être pire qu' Auschwitz II vu qu'Auschwitz I "n'est qu'un" camp de travail.

Nous remontons dans le car. Malgré ce que nous venons de voir, il est tout de même 15h et nous sommes affamés (moi la première !). On nous informe, alors que beaucoup sont déjà en train de mastiquer férocement un morceau de sandwich comme c'est mon cas et celui de mon amis, que nous allons nous arrêter pour manger sur le parking du musée d'Auschwitz. Evidemment quand on arrive, tout le monde a déjà fini. De toute manière on nous laissait peu de temps pour nous rassasier une fois sur place. Nous pouvons satisfaire nos besoins naturels sans payer grace à notre mot de passe "Tours", (non, parce que voyez vous, il faut payer pour faire pipi.) imprononçable pour nos amis polonais. C'est ça qui est étonnant. Les Polonais vous sortent des "szwjklrzck" sans problème et ils n'arrivent pas à dire "Tours". Enfin après cette courte réfléxion qui sort un peu du contexte, revenons à nos moutons. Mon amie et moi apercevons une petite librairie vers laquelle nous nous dirigeons espérant que les livres ne soient pas tous en polonais. Il ne le sont pas. Un monsieur est déjà en train de négocier le prix d'un livre. Nous apercevons les livre en français, il y en a peu et ne nous tentent pas. On jettent un coup d'oeil aux livres en anglais, mais ils ne nous disent  rien non plus. Et c'est là que nous apercevons au mur de grande affiches qui attirent notre attention. Mon amie s'interesse l'une d'elle que je qualifierai presque d'immonde. Un montage photographique à la mémoire des horreurs vécueslà-bas : une bougie, et sur le fond, les cadavres decharnés entassés. Quand à moi, je jette mon dévolu sur une image qui représente, de façon chaotique puisque plusieurs images sont superposées, juxtaposées, la sortie des trains. Tout au fond, en minuscule, on apperçois ce fameux mirador de l'entrée d'Auschwitz. Et au premier plan en bas à droite : une grosse étoile jaune qui tranche avec les décors noir et blanc du reste. Sur l'étoile : JUDE.
Je sais que ce n'est pas le genre de chose que j'oublierais facilement, mais je tiens à rendre mon propre hommage à Auschwitz. Après quelques difficultés de monnaie, de langue, et de tout ce qui nous enquiquine en térritoire étranger, nous resortons toutes les deux avec nos affiches. Ma prof d'histoire géo c'est elle même procuré affiches et livres dans cette boutique. Nous retournons poser nos affaire dans le car. Certains sont dehors et se détendent. d'autre se reposent à l'interieur. On nous annonce que nous allons bientôt commencer notre visite du camp.

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